Приложения ко 2 тому
Приложение III.
К главе XIV.
Plans de campagnes et d'opérations contre les Turcs, dictés à Kherson, le 10 novembre 1793, en langue française, par le comte Souworov-Rimniksky, et envoyés par ordre suprême au Souverain.
(Из материалов графа Милютина; доставлено князем М.С. Воронцовым генералу Михайловскому-Данилевскому).
Les Turcs se préparent à la guerre; les jacobins leur influent, que jadis ils étaient vainqueurs des chrétiens pour n'avoir reposé que dans des guerres, et que c'était à eux d'attaquer au dépourvu, ne suivant pas en celà l'usage des puissances européennes, en déclarant la rupture. Depuis l'arrivée de notre ambassadeur à Constantinople, les lettres de notre ministère m'ont manqué. Mais ils n'ont point raison de l'entreprendre avant d'avoir mis leurs forteresses en état respectable et, en attendant, ils pourraient donner une autre consistance à leur armée. Sur le pied adopté en Europe comme ils l'ont entrepris, et quoi qu'ils manqueront de Pierre le Grand, ils ne seront point totalement dépourvus d'officiers étrangers aventuriers. Ils peinent expliquer l’alcoran à leur convenance, - lisez le Petit Traité en français du vieux archevêque Eugène.
Leur armement naval n'est pas à mépriser, comme l'excellent vaisseau «Иоанн Предтеча», pris par eux le démontre; leurs matelots chrétiens sont très bons, et quoique plusieurs officiers ne sont pas conséquents, ils ont aussi des Seitali. Le défaut qu'ils placent sur les ponts des vaisseaux des canons de différents calibres, peut être facilement redressé. Il n'est pas vrai, qu'ils ont craint notre flotte dans son enfance; les dernières campagnes de la guerre passée ils ont démontré qu'ils ne sont plus les mêmes qu'à Tchesmé. C'est pourquoi il faut leur opposer de notre part une flotte à voiles, qui puisse se mesurer avec eux, et gagner par là la prépondérance pour protéger notre flotte à rames et assurer les bords de notre côte contre les descentes. Ceci appartient à messieurs les amiraux.
Notre flotte à rames agira, en cas de rupture, en combinaison avec les troupes de terre; or jetons un coup d'œil sur son état et ce qui n'en faudrait détacher, pour les moyens défensifs, que nous laisserons au dos. Cette flotte à rames, en cas de rupture, livrera au canal de Jenikalé les 6 doubles chaloupes qui serviront trois campagnes; et lançons et kirlangitclis qui peuvent servir 4 campagnes, se trouvant à Taganrog, - en tout 17 bâtiments; on y ajoutera des 50 lotkas actuellement à Taman, - de 30 à 40, qui ne pourront pas servir à la guerre offensive, ayant servi pendant toute la dernière guerre. Pour la défense de l'entrée dans le liman du Dnieper, entre Kinbourn et Otchakoff, des bâtiments qui se trouvent à Nicolaeff, des 34 lançons - 15, qui ne sauront pas servir au delà de deux campagnes. De Kherson - 5 vielles chaloupes canonnières et 2 batteries que l'on armera; 1 tre-bocq et 1 fombas. Nombre total pour cette dernière défense - 24 bâtiments à rames, protégés par 2 frégates et soutenus par nos ouvrages de la pointe de la langue de terre de Kinbourn.
Par le résumé, il restera donc en tout, pour l'action offensive de la flotte, des bâtiments à rames: brigantins à Nicolaeff 1 bon et 9 pour 2 campagnes, à Kherson - 2 pour 4 campagnes et 3 bons, - en tout 15 bâtiments. Lançons de Nicolaeff, 3 bons et 19 pour 2 campagnes, à Kherson, 8 bons et 1 pour 4 campagnes, - en tout 31 lançons. Doubles chaloupes de Nicolaeff - 6, simple chaloupe - 1, 2 cutters pour 3 campagnes; le reste sont de mauvais bâtiments de transport, corsaires et autres. Le total de la flotte sera 55 bâtiments. Messieurs les amiraux sont mieux au fait de l'état de cette flotte et n'ignorent pas qu'on y doit une prompte et efficace réparation et une augmentation suffisante.
A Taganrog 58 lotkas du Don à l'usage des Tchernomorsky cosaques, dont 43 sont bonnes pour être armées en guerre; le reste sera réparé vers le mois d'avril. Comme ces cosaques Tchernomortzis sont indispensables pour la flotte à rames, on en équipera les lotkas qui peuvent monter de 60 à 65 bâtiments, y compté ce qui peut être mis en service offensif de Taman.
Des susdits cosaques, il doit se trouver sur cette flotte de 5 à 6000 hommes. Si l'on n'ajoute rien à ces bâtiments, il en restera peu pour les impulsions sur l'Anatolie, qui d'ailleurs, n'aboutiraient qu'à quelques dévastations, occasioneraient peu de diversions et pourraient être quelquefois dangereuses sans la protection de la flotte à voiles qui aura des objets plus solides à remplir. Ce plan pourrait être mieux rempli par des armateurs, comme le commerçant de Kherson Hakousi, qui propose déjà d'armer 6 bâtiments et promet de pouvoir les augmenter jusqu'à 15; il ne requiert à cette fin que les canons.
Les cosaques Tchernomortzis qui resteront en leurs habitations du Taman et à la forteresse de Phanagoria qu'on ne peut pas exposer à la merci du sort, sont plus aisément soutenus par le corps du Kouban que de la Tauride, d'au-delà du canal de Jenikalé. Ce corps était ordinairement composé de 4 régiments d'infanterie, de 20 escadrons de cavalerie, de 2 à 6 régiments de cosaques du Don selon les circonstances. Du fort Yaij jusqu'au Taman il avait quelques redoutes de communication, avec peu de monde et de canons; son capital était à Copil comme point central, endroit malsain (on pourrait le changer pour un meilleur sans trop s'éloigner), et sur le Kouban dont l'eau en été est de mauvaise salubrité. Elle n'est bonne et potable que des puits.
Le corps de la Tauride sera fort de 6 a 7,000 hommes d'infanterie et de 1,000 hommes de cavalerie avec 3 régiments de cosaques, on y laissera de l'artillerie à proportion.
Pour Kinbourn et ses points détachés il faudra 2 régitneuts d'infanterie, 1 régiment de cavalerie et 1 régiment de cosaques.
Première campagne.
Supposant les Turcs dans la situation actuelle, les forteresses cédées par la paix ne pouvant soutenir un siège, et s'il paraîtra bon de vouloir bien les prévenir en commençant la campagne de bonne heure et avant qu'ils aient rassemblé leurs troupes et se fussent portés vers le Danube, ce qui n'arrive ordinairement que vers le mois de juin.
Le corps du Caucase doit tâcher d'être en bonne intelligence avec les races tcherkesses pour faciliter ses opérations. Laissant pour la garde de sa ligne autant de troupes qu'il faudra, avec le reste ou la plus grande partie, conjointement avec le corps du Kouban, il se portera sur Anapa, s'en emparera de vive force et la rasera tout aussitôt; ce qu'il exécutera de même avec Soudjouk-kalé et Ghélendjik. Ayant fini cette besogne, les deux corps retourneront sur leurs pas.
Opérations au delà du Dniéster.
Passant au cou de Bender, un corps détaché № 2, fort de 15,000 hommes, longera les bords de la Mer Noire, s'emparera d'Ackermann. Palanque, Kilia, Ismaïl et par le côté gauche de Sunnia, pour faciliter l'entrée à notre flotte à rames par cette embouchure dans le Danube, qui prendra possession de Toultcha et d'Jsaktcha avec ses troupes de débarquement qui doivent être suffisantes. Tous ces points doivent être bien rasés exepté Kilia, qui servira de point de protection en seconde ligne aux postes considérables à fortifier de l'embouchure du Danube et du cap Tchertal. Sunnia surtout sera bien fortifiée, comme le seul passage pour des bâtiments de quelque chartre et servira de défense pour ne pas laisser entrer par cette embouchure les escadres à rames turques qui pourraient survenir.
Un autre corps, № 1, fort d'au delà de 20,000 hommes, donnera droit sur la forteresse de Brahilov, sans s'amuser en sa marche ailleurs s'il n'y est pas obligé, en fera le siège en forme, et tâchera de l'emporter en 21 jours. La flotte à rames, ayant fini avec les autres places de sa tâche, se joindra au plutôt avec ce corps pour seconder le siège qui néanmoins ne l'attendra pas en poussant ses travaux.
De même le corps № 3, fort de 15,000 hommes passé, donnera en premier lieu sur Khotin pour l'emporter de vive force, en démolissant ses ouvrages pour éviter de trop se partager en garnisons. Il se portera sur Giurgievo qu'il emportera d'emblée s'il le pourra ou autrement de siège, quoi-qu'en moins de jours qu'il est dit de Brahilov, comme celle-là étant plus faible; et tout de suite il s'emparera de Roustchouk qui n'a jamais été une forteresse. Ces deux places seront ruinées et rasées, évacuées des habitants, les notres n'ayant pas besoin de postes permanents. Il serait bon, si le temps est favorable de se défaire une fois de la même façon de Tourna et de Nicopolis.
Brahilov, capitale, reste bien fortifié avec une garnison suffisante selon les circonstances, quoique le général du corps № 3 doit y obvier à toute entreprise de l'ennemi en le battant en rase campagne. C'est pourquoi il faut qu'il ait de 36 à 40,000 hommes sans compter les Arnaouts qu'il pourrait lever. Si ce n'est pendant la première campagne, ce sera dans la suivante qu'avec la partie de ce corps il s'emparera sans perdre de temps de Silistrie, de Girsova, de Tourtoukay et du reste des nouveaux établissements des Turcs qui doivent être tout-à-fait rasés comme les autres, pour n'y jamais tenir des postes fixes et disperser les troupes. Après la prise de Giurgievo, il s'emparera facilement de la Valachie, mais comme il doit rester sur la défensive, il s'amusera peu avec Boukharest; son quartier général est plutôt aux environs de Fokschani et selon les circonstances. Il est de même de Jassy - il livrera garnison à Kilia, Sunnia, Kaptchadal et Braliilov et, outre les piquets et petites parties non superflues, il restera toujours ramassé avec les trois quarts de son corps, pour bien battre les infidèles en rase campagne qui, pour faire diversion aux corps agissants vers le Balkan ou le tourner, se hazarderaient à passer le Danube audessus de Brahilov ou par le Banat, puisqu'ils ne pourraient le faire au dessous - notre flotte a rames y dominant jusqu'à son embouchure.
Nous voilà 100 mille hommes, y comptées les troupes de débarquement sur la flotte à rames; même en entrant en opération avec 60 mille hommes, le reste doit suivre aussitôt; en cas d'obstacle on pourrait en rabattre très peu, le temps est le plus cher, - il faut savoir le ménager; souvent nos victoires précédentes étaient sans suites faute de monde. C'est un très faux principe de croire après une défaite de l'ennemi avoir tout fini, lorsqu'il reste à s'occuper de plus grands succès. Ainsi pourraient agir avec plus de solidité aussitôt après la prise de Brahilov les corps №№ 2 et 1 ; mais augmentés à 60 mille combattants, ils se combineront vis-à-vis de Toultcha, passeront le Danube, pénétreront jusqu'à Varna, l'emporteront d'emblée ou de vive force selon les circonstances. La flotte à rames qui agira avec 30 de ses plus gros bâtiments et 40 lotkas, laissant sur le point de Toultcha le reste, consistant en 25 bâtiments et 25 lotkas. Elle ne pourra entrer en rade à Varna jusqu'à ce que notre flotte à voiles n'y ait taillé en pièces, battu ou chassé l'escadre turque. Notre flotte à rames doit être augmentée, mais toujours protégée par celle à voiles - dès ce temps les opérations resteront compliquées avec celles des troupes de terre.
Pour percer jusqu'à Varna les Turcs qui, vers ce temps, ne pourront manquer de rassembler leur armée sous Schoumla et viendront dans ce trajet à notre rencontre, on tâchera de les bien battre et poursuivre avec célérité jusqu'à Schoumla qu'il faut attaquer et raser; et comme de là à Varna il y a une marche de près de 13 jours, il faudra que les mouvements de notre flotte à rames soient bien mesurés et qu'elle y trouve déjà la rade libre par notre flotte à voiles.
Alors si Varna ne peut être emportée de vive force, elle le sera par un siège de quelques jours. Cette entreprise deviendra difficile, si une escadre turque reste postée en sa rade, ce qui endommagerait beaucoup nous et nos travaux; c'est pourquoi aucun des moyens combinés ne doit manquer pour la prompte réussite de l'entreprise. Il est évident que la flotte turque sera alors en mer, elle ira à la rencontre de la nôtre qui lui livrera combat, tâchera de la défaire au possible et lui donnera la chasse jusqu'au canal de Constantinople: alors il serait facile pour notre flotte de tourner voile sur Varna.
Pour se défaire d'une telle escadre ennemie, l'amiral Ouschakoff démontrera la possibilité après son dernier combat naval, si la paix survenue dans le même instant ne lui eut pas fait manquer l'objet.
S'étant rendu maître de Varna le corps entrera en quartier d'hiver dans la Bulgarie, proche des montagnes du Balkan. déployant l'aile droite vers Schoumla pour ouvrir le plus tôt possible la campagne suivante.
La mesure du temps est pour la guerre une règle générale: aussitôt qu'il manquerait pour le projet sur Varna, il faudra le remettre pour la suite.
Je répète ici que cette opération n'est fondée que sur l'ouverture de la campagne aux premiers jours des fourrages verts du printemps; que les forteresses, excepté Brahilov, sont hors d'état de soutenir un siège et que les Turcs, jusqu'à ce qu'elles ne soient envahies, n'y porteront aucun autre obstacle, comme aussi à notre flotte à rames dans le Danube. Il serait surtout essentiel que nous les puissions prévenir aux postes de Sunnia et de Kaptchadal, points des plus essentiels pour nos opérations de la flotte. Quand les Turcs auront le temps de s'y fortifier eux-mêmes selon leurs projets, nous y trouverons les mêmes inconvénients que nous leur préparerons.
Nos émissaires ayant été sur les différentes places viennent de retourner dans cet intervalle et livrent les informations ci-jointes.
Changement d'opération.
Ismaïl, nullement démantelé de notre part à la fin de la dernière guerre, vient d'être rendu beaucoup plus formidable qu'il ne l'avait été, et quoique nos émissaires nous rapportent qu'il n'y a pas tant de canons, il n'est pas à douter qu'ils ne soient pas en grand nombre; y risquer un assaut, serait gigantesque. Palanque, Kilia, Bender, Ackermann et les embouchures du Danube étant en notre pouvoir, et la flotte à rames s'étant rendue maître de Toultcha et d'Isaktchâ, on en formera le siège qui pourra durer 31 jours. Et avant de l'avoir entrepris, un gros détachement des troupes, comme il est dit ci-dessus du corps № 3, qui sera le plus à portée, marchant chemin faisant au rendez-vous général, aura emporté Khotin de vive force. Il n'est pas à croire qu'on laisserait le temps aux Turcs de pousser leur armée jusqu'à Khotin, ni même que cela leur pourrait être utile, comme dans la guerre précédente. Dans l'état actuel des choses ils ont des points plus essentiels et mieux disposés pour ce besoin.
Autres 40 mille hommes entameront le siège de Brahilov. Mais arrivera-t-il qu'à l'ouverture de la campagne, on se trouve dans le cas de commencer les opérations avec beaucoup moins de 100 mille hommes, il sera impossible à se charger d'attaquer les deux forteresses, Braliilov et Ismaïl, ensemble. C'est pourquoi Khotin étant emporté comme il est dit, on se formera, si les circonstances le permettent, en un seul corps, dont le gros s'emparera aussitôt de Bender, Palanka, Ackermann, Kilia - et la flotte à rames ayant percé les embouchures du Danube, en même temps de Toultcha et d'Isaktcha, se fortifiera, comme on en a fait mention, à Kaptchadal et l'occupera en force avec ses troupes de débarquement, comme aussi les embouchures. Après cela ce corps, ayant laissé garnison à Kilia, tous les autres points rasés, se portera sur la forteresse de Brahilov, remettant l'entreprise d'Ismaïl pour la suite.
Comme Brahilov parait être un poste de plus grande conséquence qu'Ismaïl, par la raison qu'en étant une fois maître, on transporte un corps de 15 à 20 mille hommes à Matchin, où il se retranchera en cas de besoin. C'est un pas excellent par lequel on empêche toute communication du haut avec le bas du Danube et surtout avec Ismaïl, à raison des situations impraticables qui se trouvent le long des bords droits du fleuve, entre le canal de Grégoire et la Concefane, de pouvoir manoeuvrer ou passer avec des corps simplement de quelques mille hommes et, par conséquent, à plus forte raison, moins encore avec une armée qui, en tout cas doit toujours franchir le pas de Matchin.
En cette opération il faut bien tâcher de prévenir les Turcs qui, une fois après avoir franchi ce pas, ce n'est pas qu'ils marchent sur Ismaïl pour y passer la rivière, puisqu'ils trouveront le poste de Kaptchadal bien gardé par nos troupes de débarquement, fort de 4 à 6.000 hommes, et par le peu de place de la situation coupée de la Schionta, inattaquable avec une force analogue, - mais ils pourront se porter sous Brahilov pour vouloir rendre le siège impraticable, ce que néanmoins ils ne peuvent qu'avec 25 mille hommes en tâchant de s'appuyer sur la forteresse; à l'égard du terrain étroit, qui en cas d'attaque ne saurait pas en entier être protégé qu'avec fort peu de canons de la forteresse dont la prise ne peut pas être trop différée. Après dépéchez vous de battre tout ce qui peut se trouver à Matchin, en passant le Danube sous Brahilov; durant le siège de cette forteresse, détachez un corps volant, de 15 mille hommes pour observer la forte garnison d'Ismaïl et le pas de Réni, comme aussi pour couvrir les convois en cas de besoin; sa position sera au delà du Zéret et il pourra passer le Pruth pour combattre des forces analogues à lui sans perdre de temps, et aussitôt revenir sur ses pas pour être à portée de rejoindre les assiégeants. Son commandant ne doit jamais se laisser tromper par certaines démonstrations, quoique presque inconnues aux Turcs, ignorant même l'effet des nôtres, ou en s'amusant, nous ne faisons que fatiguer les troupes en vain.
Mais venons au véritable objet des Turcs, pour faire lever le siège ou secourir Brahilov. Leur armée passera le Danube plutôt sous Silistrie qu'ailleurs; étant instruit de leurs mouvements à fond, on tirera le corps volant à soi et, laissant ce qu'il faudra pour continuer le siège, on ira à leur rencontre, on les chargera et, les ayant battus, on les poursuivra au possible, pour pouvoir retourner et tranquillement finir le siège. Et si leur armée entreprendrait la même chose aux environs de Réni, on suivra le même principe.
La même conduite doit être toujours observée par nos troupes et, autant qu'il se peut, elles doivent suivre la règle de battre l'ennemi en campagne avant d'entreprendre un siège.
Après la prise de Brahilov et l'exécution de quelques defaites qui ne pourront manquer, nos troupes se replieront sur Ismaïl pour en former le siège et l'emporter de la manière qu'il est dit ci-dessus. Du reste, on suivra tout ce qui a été remarqué dans les premières observations.
Les troupes, en se repliant sur Ismaïl au nombre susdit de 60.000 hommes, laisseront tout le surplus en Valachie, qui donnera une garnison suffisante à Brahilov; ce corps intérieur doit être aussitôt augmenté jusqu'à 10 mille hommes et, en attendant que le premier corps actif s'occupera au siège dlsmaïl, il doit en même temps agir sur Giurgievo et Roustchouk, comme il est ci-dessus mentionné, éclaireissant les deux bords du haut Danube, en comblant, démantelant et rasant tout ce qui se trouvera des fortifications turques, pour n'être pas obligé de tenir nulle part des garnisons ou postes fixes, et autant qu'il peut, si dès le commencement il ne serait pas pourvu de ce nombre. Après la prise d'Isrnaïl, il faudra prévoir au juste par le calcul du temps, si l'arrière-saison le permettra, au corps actif de pousser jusqu'à Varna; si non, ces deux corps seront répartis en quartiers d'hiver dans les deux principautés et l'opération sur Varna sera remise au premier fourrage vert du printemps suivant.
Mais d'abord que le corps actif, passant le Danube, pénètre tant soit peu dans la Bulgarie, il faut absolument que le corps intérieur soit fort de 40 mille hommes pour dominer toute l'étendue, ne courir point de risques par sa faiblesse, comme aussi pour pouvoir soigner et couvrir le convoi; il tiendra garnison, comme il a été dit, à Brahilov et Kilia. Un fort détachement à Kaptchadal occupera suffisamment Sunnia (le guirlo de Kilia aussi nommé Volkova) et en cas de besoin l'issue du canal St. George. Aussi répétons nous que ce n'est pas une remise pour l'opération sur Varna: elle doit s'effectuer dès la première, si, comme il est dit dans des observations précédentes, elle commencera de fort bonne heure, mais retarderait-elle, ou serait-elle empêchée par de grands obstacles, on aura raison de la remettre au printemps qui suit, quoique malgrè soi; par ces délais des marches on perdra quelque chose au dessus d'un mois. Après la prise de Varna que Dieu prospère, mettez vous aussitôt en mouvement pour franchir le Balkan.
Seconde campagne.
La maison d'Autriche, si elle reste aussi embarassée avec le nouveau gouvernement français, comme elle l'est actuellement, ne voudra pas ou ne sera pas en état de rompre avec les Turcs, et on ne prévoit aucune éspérance sur les Vénitiens.
Si l'on jugerait bon, ou que les circonstances le permettent, que notre flotte de la Baltique passe à l'Archipel, nonobstant sa prépondérance qu'elle y acquerrait, elle ne pourra que profiter des Grecs insulaires pour le service des corsaires et armateurs, sans faire soulever ceux qui sont sur terre ferme, jusqu'à ce que nos troupes soient au-delà du Balkan. Alors ils seront bons pour les diversions, étant armés à leur manière.
On ne peut pas beaucoup compter sur les braves Montenégrins qui, faibles par leur nombre, défendent leurs foyers et ne feront que de faibles irruptions.
Mahmoud de Scutari, qui jusqu'à présent n'était jaloux que de son indépendance, pourrait être employé, si on le gagne par 1 ambition des conquêtes.
Ali-Pacha de l'Epire qui nourrit un germe de mécontentement contre la Porte, serait le meilleur pour être provoqué à la révolte. Il est réputé dans son pays et il a beaucoup d'adhérents.
Durant la guerre précédente le général Podgoretchani se proposa pour lever les Paulianis dans la Bulgarie au delà du Danube, - une douzaine de régiments de cette nation; il n'en fut rien: on pourrait suivre ce principe en partie, mais il faut les armer, en quoi ils manquent d'eux-mêmes.
Au commencement de la dernière guerre, les Bulgares d'outre le Balkan et de la Roumélie envoyèrent des députés à S-t. Pétersbourg. Cet objet est éclairci par la note ci-jointe, lettre H. Ils sont nombreux. Le défaut est qu'ils ne sont pas comme les Grecs accoutumés à leurs propres armes; ils n'en ont pas. Il faudra donc les armer suivant la meilleure convenance: alors il serait mieux qu'ils agissent d'un autre côté et subsistent d'eux-mêmes pour faire aux Turcs des diversions conséquentes. S'il s’en trouvait un grand nombre dans nos troupes, ils seraient plutôt à charge et les absorberaient.
Tout ce dont on parle, doit être arrangé et prêt pas plutôt qu’aqrès le passage de nos troupes au-delà du Balkan.
De même alors, on prêtera les moyens de soulever autant de Grecs, que l'on pourra dans les différentes parties de leur pays qui ne manque ni d'ambitieux, ni de mécontents; - ils ont leurs propres armes.
Pour passer les monts Balkans il y a 3 routes. La première à la droite, seulement passable à cheval: de Schoumla à Dragoy-kioy 20 verstes, de là à Tchali-kavak 20 verstes, à Dobraly 20 verstes, à Karnabat 20 verstes, à Kalderossan 40 verstes, à Faky 40 verstes, à Kanara 25 verstes; en tout 185 verstes.
La seconde route, celle du milieu, que les courriers passent ordinairement, seulement passable à cheval. De Schoumla sur le chemin de Varna jusqu'à Pravody 60 verstes, à Aydos 30 verstes, à Karabounar 35 verstes, à Faky 25 verstes, en tout 150 verstes.
La troisième route à la gauche, la seule praticable pour les troupes et les embarras. C'est celle de Bazardjik à Varna; elle se partage encore en deux chemins également praticables, savoir: le premier de Kozlitza (60 verstes au-delà de Bazardjik et à 40 verstes, de Pravody) à Koutchouk Balkan 100 verstes, à Tchorban 40 verstes, à Kanara 25 verstes; en tout 165 verstes. Le second se tient vers la gauche sur Varna même: de Kozlitza à Varna 95 verstes, de Varna à Koutchouk Balkan 60 verstes, à Tchorban 40 verstes, à Kanara 25 verstes; en tout 220 verstes et de Varna 125 verstes.
La Bulgarie au-delà du Danube est un pays aboudant en grains et fourrages; lorsqu'on tiendra bonne discipline dans les troupes, ce pajs fertile pourra soulager leur subsistance en tout temps. Mais au-delà du Balkan, on ne trouvera pas du seigle. C'est pourquoi il sera essentiel, que l'on accoutume peu à peu le soldat au froment à plus grande portion.
Etant maître de Varna dans la première campagne, on a l'ouverture de la suivante; les troupes franchiront le Balkan, se mettant au dessus de tous les obstacles et combattant tout ce qui se présentera. Il faut nécessairement que nos flottes aient en mer une prépondérance décidée sur celle de l'ennemi, agissant de concert avec nos troupes de'terre; sous la protection de la flotte à voiles, l'autre aura soin du transport des munitions et des vivres pour obvier aux difficultés des transports par terre.
Il faut un très grand magasin à Varna.
On érigera ensuite de même un magasin à Derkos, ou autre point de 20 à 25 verstes de l'embouchure du canal de Constantinoples. Dans le temps que les troupes s'ébranleront sur cette capitale, on doit se rendre maître de vive force de ce coiut par la flotte à rames.
Au-delà du Balkan, du point de Kanara, il y a deux chemins à Constantinople: à la droite par Adrianople faisant 50 verstes, à Araba-bourgos 50 v., à Karastipak 20 v., à Tchorlou 30 v., à Knikli 25 v., à Silivria 25 v., à Pivatay 15 v., à Boujouk-Tchekmédjé 20 v., à Koutchouk-Tchekmédjé 15 v., à Constantinople 15 v.; donc en tout du point de Kanara à Constantinople par la route d'Adrianople 265 v. Par l'autre chemin de la gauche, du point de Kanara à Kirkilessi 35 v., à Araba-bourgos 40 v., à Karas 20 v., à Tchorlou 30 v., à Knikli 25 v., à Silivria 35 v., à Pivatay 15 v., à Boujouk-Tchekmédjé 20 v., à Koutchouk-Tchekmédjé 15 v., â Constantinople 15 v.: en tout du point de Kanara le chemin à la gauche jusqu'à Constantinople 250 verstes.
Passé les montagnes, il est probable que nous rencontrerons une puissante armée de Turcs, c'est pourquoi toute la marche doit être bien mesurée, et en se hâtant lentement et avec circonspection, - que tout le corps débouche promptement vers le pied occidental du Balkan; aussitôt arrivé, on battra les infidèles au possible.
Si la saison le pourra permettre et que l'on surmonterait tous les obstacles, il faudra finir avec Constantinople même avec cette seconde campagne, en tâchant de ne rien remettre à la troisième. Le délai engendre des difficultés, mais obligés par les circonstances de remettre le grand coup à la troisième campagne, on prendra les quartiers d'hiver le long du pied occidental du Balkan, entre les bords de la Mer Noire et Adrianople, aussi serrés que possible; nos flottes se rendront maîtres de Bourgas et Sizebolis et y hiverneront.
Observez rigoureusement le principe à frapper de grands coups aux armées turques pour les affaiblir au possible, et ne jetez vous point sur la capitale avec le risque de Jules César à Alesia; les différents combats pourraient vous couter plus de temps, mais il ne sera pas perdu.
Expédition sur Constantinople.
Il est dit que nos flottes dès le commencement de la guerre, doivent se procurer la prépondérance sur la Mer Noire, en battant celles des ennemis autant de fois qu'elles se présenteront; à force que les troupes de terre s'avancent vers la capitale, nos flottes éclaireront les côtes en prenant possession des places considérables qui se trouvent encore entre Varna et l'embouchure du canal de Constantinople; telles sont Messembrie, Bourgas, Sizebolis, et s'attacheront à un point convenable le plus près possible de l'embouchure du canal de Constantinople, pour la formation de nouveax magasins, du débarquement de nouvelles munitions de guerre, du supplément de l'artillerie de siège que la longueur et les difficultés des chemins n'auront pas permis de traîner en entier à la guerre, de nos troupes de terre, de même que des affûtages de remonte et des autres machines nécéssaires pour l'entreprise projetée. S'il n'y a pas de point plus proche de l'embouchure du canal, propre au besoin, on se tiendra à Derkos. Les bâtiments de transport suivront de près notre flotte à rames et fourniront ce dernier magasin du nécéssaire par de nouveaux vojages et une communication non interrompue avec les magasins de Varna, qui seront soutenus par nos établissements sur le Dniester et le Dnieper.
Il est en attendant plus que probable que les débris des armées défaites par nos troupes, chemin faissant se soient rassemblée et formés sous les murs de Constantinople, ou autre poste favorable dans ses environs (ceux qui connaissent le local parlent d'une position favorable entre la ville et la pointe de Domus-déré sur la Mer Noire pour soutenir et la capitale et les embouchures du canal sans se partager), et renforcés par de nouvelles troupes de l'Asie, d'où le chemin reste toujours ouvert. La première tâche de nos troupes sera d'exterminer au possible cette nouvelle Hydre. Avant l'entreprise de ce dernier coup, ce sera alors le temps d'attirer à soi les chrétiens soulevés en Grèce, en Bulgarie, en Roumélie et d'en choisir des corps d'élite en état d'agir de concert avec nos troupes de terre. Ce combat décisif déterminé, nos deux flottes approcheront le canal de Constantinople. Il paraît sûr qu'une grande partie de la marine turque se trouve postée dans l'embouchure du canal, entre les Dardanelles de Karaptché et de Porias, ouvrages qui présentent des points d'appui très essentiels à cette position. C'est pourquoi ces points doivent être emportés d'emblée en premier lieu, et surtout le château de Karaptché, comme le plus essentiel et dont la prise doit suivre immédiatement après la bataille ci-dessus mentionnée.
Du côté de l'Asie le château de Porias doit être emporté par nos troupes de descente de nos flottes, qui seront formées au moment qu'elles commencent à appareiller. Il s'entend que cela soit vers l'aube du jour: on doit pouvoir compter sur 10 à 11 mille hommes qui formeront cette descente, étant à peu près le nombre des troupes de débarquement qui doit être attaché à la flotte à rames, savoir 5 à 6.000 hommes de troupes régulières et environ 5.000 cosaques de la Mer Noire. Tandis que pendant la nuit, l'expédition sur les châteaux Karaptché et Porias se fera, les flottes tâcheront de faire jouer leurs brûlots contre la flotte ennemie: la théorie du courant fort en cette gorge nous promet quelques succès brillants. Ces objets remplis, nos flottes, secondées par les ouvrages ennemis en possession des nôtres, entameront celle des Turcs qui ne tarderont point de succomber par l'effet de ces combinaisons. L'embouchure du canal franchie, elles ne poursuivront leurs approches qu'à pas lents, pour ne pas tomber dans les pièges des autres batteries de terre dont les côtes de l'intérieur du canal sont garnies, avant que nos troupes de terre s'en soient rendues maîtres; ces points le long du bord qui peuvent faire le plus de mal, sont du côté de l'Europe: après le château de Karaptché les batteries de Karadenis et Roumélie-Hissar, Thérapia, Jenikeni: du côté de l'Asie: après Porias et la batterie à fleur d'Eau de Fôt, le château d'Anatolie-Hissar et les batteries de la Montagne des Géants. Ce sera tout en éclairant les bords du canal par nos troupes de terre et de descente qui se saisiront des dits différents points, nos flottes trouveront de la facilité de s'approcher à la ville jusqu'à la pointe d'Ortakeni pour éviter de s'exposer trop tôt aux batteries formidables à fleur d'Eau du Sérail et avant que les dernières dispositions soient arrangées pour porter le dernier et grand coup au monstre qui a tyrannisé depuis plus de 3 siècles l'Europe entière.
Si notre flotte de la Baltique pourrait être de l'opération elle tâchera de franchir le pas des Dardanelles du Bosphore de Thrace, en entrant dans la mer de Marmara; on pourrait commencer l'entreprise sur la ville même par un blocus pour tâcher de la réduire par famine.
Si alors on s'apercevrait que les habitants de la ville chercheraient à passer le Bosphore pour se retirer en Anatolie, ou leur bâtira un pont d'or.
S'ils s'acharnent à la défense, il faut dès ce moment frapper le grand coup et venir à l'escalade.
Cette circonstance peut devenir dangereuse pour nos troupes à l'égard de la peste qui est pour ainsi dire permanente pour quelques endroits de la ville, et le soldat furieux après l'assaut ne manquera pas d'aller au butin. C'est pourquoi, se voyant réduits à cet extrême, il faudra disposer à retenir le soldat sous les murailles prises et se retrancher, foudroyant les habitants avec nos canons et par ce moyen tâcher d'obliger les Turcs à la capitulation sous les articles favorables à ceux qui voudraient se retirer en Asie avec leurs biens-meubles, excepté les métaux qui cependant pourraient être rachetables par une forte contribution. Mais si les habitants continueront à se défendre par désespoir, on mettra la ville en cendres, ayant auparavant rasé les maisons les plus proches de la muraille et de nos postes. Cette scène, si elle ne s'effectuera à la fois, se fera en partie, en s'avançant sur les décombres et en passant tout ce qui s’oppose au fil de l'épée jusqu'au Sérail et les Sept-Tours etc., que l'on assiégera ou finira par un assaut.
Le cas de brûler la ville auquel on pourrait être contraint, serait quant à l'appréhension de la peste, pourrait arriver de mieux; de cette façon les bâtiments empestés radicalement exterminés, on y bâtira une nouvelle ville plus régulière.
Mais un assaut général ne s'effectuera sur la ville qu'à la dernière extrémité.
Les habitants chrétiens de différents cultes qui durant ce temps rechercheront la protection seront reçus, ainsi que les juifs.
A Constantinople, outre la forte garnison qui pourrait s'y trouver, assemblée des débris des armées défaites et des nouveaux renforts qui peuvent arriver de l'Asie, on peut compter 500 mille âmes de mahométans, parmi lesquels 100 à 120 mille qui pourraient porter les armes. Chrétiens-Grecs, - 25 mille; habitants arméniens - 15 mille; francs - 6 mille. A cela il faut ajouter en aventuriers de toutes les nations comme Tartares, Géorgiens, Valaques, Serbes, Archipelagiens, Grecs-matelots - jusqu'à 120 mille en état de prendre les armes; ces chrétiens en plus grande partie seront pour nous, mais ils manquent d'armes, si quelques uns n'en ont point de cachées; dans un assaut général ils pourraient être de service. De juifs il y a 20 mille, qui ne sont bons que pour eux.
Quoiqu'on se fonde ici sur 2 ou 3 campagnes, il faudra toujours des préparatifs pour presque le double; la prévoyance exigera de nous à plus forte raison de suivre le principe que tous les conquérants depuis Alexandre jusqu'à Tamerlan ont suivi, que nous nous trouverons extrêmement éloignés des moyens. La justesse du calcul appartient à la Providence seule.